Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 11:13

Après qu’Elio Di Rupo eut déclaré avant-hier que le pays était au bord du gouffre, faute d’un sursaut, les négociateurs sont apparemment parvenus tard hier soir à un accord sur la scission de l’arrondissement de BHV.

Habitués à un immobilisme total depuis 4 ans, tous les commentateurs soufflent ce matin un grand soupir de soulagement. On parle d’un accord historique, inédit, inattendu.

D’une certaine manière c’est vraiment inattendu. Mais ne tirons surtout pas de conclusions trop hâtives...

Et ne parlons pas trop vite de capitulation francophone. Les choses sont beaucoup plus complexes que cela. Car si l’on en croit les descriptions lacunaires de la presse, complétées par la note initiale de Di Rupo, la scission de BHV qui est proposée (mais... elle n’est pas encore votée, or il y a loin de la coupe aux lèvres, et comme tous les négociateurs le rappellent très bien ce matin: "tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout, il n'y a d'accord sur rien" !) est une scission totalement partielle : ainsi, seul l'arrondissement électoral est scindé. L’arrondissement judiciaire, qui permet à un francophone de ces communes d’être jugé dans sa langue à Bruxelles,  est maintenu  et son existence sera bétonnée dans la constitution… Les seuls à perdre quelque chose dans la scission de l’électoral sont les francophones de la périphérie sans facilités, qui ne pourront plus voter pour des listes bruxelloises. Mais rien ne leur empêchera (en théorie…) de présenter des listes francophones en Flandre.

Par ailleurs, la scission de l’arrondissement électoral est assortie d'énormément de contreparties. Certaines n’en sont pas (ex. un certain assouplissement des circulaires Peeters qui enquiquinent le monde dans les communes à facilité), mais d’autres sont conséquentes : ainsi l’assemblée générale (bilingue et paritaire) du Conseil d’état serait à présent compétente pour les litiges linguistiques (auparavant c’est une chambre unilingue flamande qui l’était et qui rendait systématiquement des arrêts favorables aux thèses flamandes). Autre point, crucial et curieusement passé sous silence par la presse ce matin (ce point était dans la note de Di Rupo, à vérifier donc), est la création d’un nouvel arrondissement électoral incluant les 6 communes à facilités. Leurs habitants obtiendraient le droit de choisir où irait leur vote (Brabant flamand ou Bruxelles). La création de ce nouveau mini-arrondissement, à première vue anodine, est primordiale : en effet, on connait les implications en droit international sur la fixation des futures frontières en cas de scission belge si BHV était intégralement scindé (les Flamands pourraient de jure revendiquer Bruxelles, qui serait enclavée dans son territoire). Or non seulement dans l’accord obtenu hier soir, seul l’arrondissement électoral est scindé (et pas l’arrondissement judiciaire), mais en plus un nouvel arrondissement, qui crée le lien territorial  entre Bruxelles et la Wallonie, voit le jour. En cas de scission, cet arrondissement constituerait donc un argument juridique de poids complémentaire à l’arrondissement judiciaire maintenu (et au régime des facilités), lesquels contredisent la frontière linguistique et permettrait aux francophones, le cas échéant, de contester les frontières de la Flandre… avec de sérieux arguments à l’appui.

Tout cela pour dire que les concessions francophones sont plus faibles qu’elles n’y paraissent. Il s’agit bel et bien d’une scission qui n’est pas totale, loin s’en faut.

En réalité, et c’est une des leçons à tirer de la crisette des derniers jours, le coup de théâtre (l’accord de principe) n'a été rendu possible que par une seule chose: la reculade, une fois encore, du CD&V.

Exactement comme ils l’avaient fin 2007-début 2008 (ils avaient alors juré pendant des mois de ne pas entrer dans un gouvernement sans accord sur la réforme de l'état, avant de ravaler leur parole après quelques mois), le CD&V a finalement cédé aux pressions et accepte le principe d'un accord qui est plein de contreparties sérieuses et de garde-fous pour les francophones… je serais curieux de voir comment la base militante du CD&V va interpréter cet accord. Et il y a fort à parier que toute l’opposition flamande (NVA en tête) se fera un plaisir de railler ce demi-accord, cette demi-scission. « Est-ce bien cela la scission sans compensations que nous promettait le CD&V ? Est-ce ça la révolution copernicienne ? ».

Même si cet accord devait permettre de relancer les négociations et aboutir à un accord global, et à un gouvernement de plein exercice à court terme (rêvons un peu), cet accord, comme les précédents, ne serait qu’un bricolage belge de plus. Personne ne sera satisfait, à commencer par la moitié de la Flandre, et l’encre de l’accord à peine sèche, de nouvelles revendications verront le jour (ex. scinder l’arrondissement judiciaire de BHV, supprimer le régime des facilités, etc). C’est ce qui se produit depuis 30 ans, il n’y a pas de raison que ça change demain, avec 44% de votes nationalistes en Flandre.

 

Par Didier Melin
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Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 09:50

Les négociations menées par Elio Di Rupo avec pas moins de 8 partis en vue de réformer (comprenez, dépiauter) l’état fédéral, préalable exigé par les Flamands avant la formation d’un gouvernement fédéral, sont dans l’impasse.

 

Rien d’étonnant, le nœud BHV est insoluble sans reculade de l’un ou l’autre camp, chose rendue impossible par les prises de positions respectives depuis plus de 4 ans à présent.

 

Tout ce qui arrive était prévisible. Mais vu le blocage persistant, les choses peuvent s'accélérer à tout moment. Et on est peut-être arrivé à ce moment.

 

Christian Behrend (le constitutionnaliste chouchou de la RTBF) disait ce matin sur la Première que le choix de nouvelles élections maintenant, avec la NVA pointée à 39% des voix dans les sondages, équivaudraient à consulter la population pour obtenir un mandat en vue d'effectuer la partition du pays.

 

Parce qu’en plus, on apprenait hier soir qu’Yves Leterme, premier ministre démissionnaire gérant les affaires courantes, était sur le départ (un poste de vice-président de l’OCDE lui serait proposé).

 

Les amis de la Belgique éternelle ne pouvaient imaginer pire scénario. En effet, le départ de Leterme rend impossible un "simple" vote au parlement pour lui donner les pouvoirs d'un gouvernement de plein exercice (ce scénario de repli était régulièrement évoqué comme porte de sortie en cas d’échec des négociations fédérales). Son départ entraînerait en effet celui de tout « son » gouvernement, rendant obligatoire… de nouvelles négociations en vue de former  un gouvernement.

 

Le serpent se mord la queue.

 

Si en parallèle, Di Rupo devait démissionner de son poste de formateur (ce qui est très probable à présent)... ce serait le vide le plus complet. Vide institutionnel total en pleine situation de chaos sur les marchés mondiaux et en pleine crise de confiance de l'euro et des dettes souveraines...

 

 

Ces derniers événements pourraient-ils accélérer les choses ? Ce qui est certain c’est qu’une scission du pays maintenant, à court terme, simplifierait le scénario qui a mes faveurs : une union de la Wallonie avec la France.

 

Parce que les incertitudes économique, financière et institutionnelle actuellement cumulées serviraient de puissant levier : dans les circonstances actuelles (et si la Belgique disparaissait), la France serait une solution (très) apaisante, rassurante, économiquement crédible pour la Wallonie.

 

Ce serait techniquement assez simple (politiquement très difficile mais techniquement très simple): un traité suffirait dans un premier temps... avalisé par un référendum en Wallonie ensuite (ce que la constitution française impose de toute manière, ce qui coupe l’herbe sous le pied de tous les Wallons qui craignent une « annexion »).

 

Je rêve peut-être éveillé... je ne sais pas. Mais j’ai comme le sentiment que les choses s’accélèrent.

 

Par Didier Melin
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Profil

  • Didier Melin
  • Homme
  • 32 ans, chef d'entreprise, linguiste et père de famille. Wallon francophile, observateur attentif de la politique et des conflits communautaires belges. Je n'espère qu'une chose: que les Wallons retrouvent fierté et confiance en l'avenir

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