Mardi 3 novembre 2009
Ceux qui suivent les actualités françaises n'auront pas échappé au grand débat sur l'identité nationalité qu'a initié le ministre de l'identité nationale, Eric Besson.

Certains voient dans ce débat une manoeuvre électorale du pouvoir pour mobiliser l'électorat de droite en titillant une corde sensible. Le timing de ce débat n'est certes probablement pas le fruit du hasard. Mais au-delà des considérations politiques immédiates, ce débat est assez fondamental, et nous intéresse au premier plan, nous, Wallons et Bruxellois, c'est à dire Belges de langue française, vu la situation politique assez précaire de l'état belge.

Car en fin de compte c'est quoi, être français? Selon un sondage récent de France télévision, la première qualité de français (pour 84% des sondés!), c'est la langue française elle-même, et sa culture. Viennent ensuite les valeurs républicaines (liberté, égalité, fraternité) et le pacte républicain (être français c'est aussi la volonté d'adhérer à certaines valeurs, et non un attribut qu'on a à la naissance et qui par nature exclut au lieu de rassembler). Vient enfin le respect du drapeau et des autres symboles nationaux comme l'hymne nationale.

Le ministre Besson invite tous les Français à lui faire part de leur opinion sur la question. http://www.debatidentitenationale.fr

Et pour nous, Wallons, qu'est-ce c'est qu'être français? C'est aussi, et surtout pourrait-on dire, être détenteur du passeport français. Voici mon opinion sur la question (et merci à Jean-Sébastien Jamart de m'avoir inspiré ce billet par un autre similaire sur son blog), opinion que j'ai postée sur le site:

"Je suis Wallon. Et si ce n'est mon passeport, qui est belge - j'ai le sentiment profond de faire partie intégrante de l'entité culturelle et linguistique française.
En tant que membres à part entière de l'entité culturelle et linguistique française, et de par notre proximité géographique, un nombre croissant de Wallons ont ce sentiment, et aspirent à être reconnus en tant que "Français de l'extérieur".
Le code civil ne le permet pas à l'heure actuelle (car si son article 21-20 nous dispense de stage dans le cadre d'une procédure de naturalisation, l'article 21-16 nous impose de résider sur le territoire français au moment de la signature de l'acte de naturalisation).
Pourquoi ne pa modifier cet article et permettre ainsi aux Wallons qui le demanderaient d'obtenir la nationalité française (c'est précisément à mes yeux cette adhésion volontaire qui fait toute la différence entre ce que nous sommes déjà d'une certaine manière, et ce que nous souhaiterions - pour certains d'entre nous - devenir) ."


Mise à jour (14h28) - merci à Claude Thayse. Quelques informations en guise de rappel à l'attention des décideurs français ;-)

Une disposition ancienne, mais malheureusement abrogée du Code civil (français) prévoyait dans ses articles 17 à 22 (l'article 21-19 alinéa 5) que tous les habitants d'anciens territoires français peuvent prétendre sans motifs à la nationalité française se présenter devant n'importe quel consulat de France. En Belgique et un Wallon, dont les ancêtres ont participé à la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, pouvaient ainsi faire valoir, selon le droit français, « avoir été vendu comme du bétail par la Sainte Alliance » par exemple (;-)). Voici cet ancien alinéa, concernant les personnes dispensées de stage : « Le ressortissant ou ancien ressortissant des territoires et des Etats sur lesquels la France a exercé soit la souveraineté, soit un protectorat, un mandat ou une tutelle ». 
Cet alinéa avait été introduit dans le contexte de la décolonisation. Le législateur a jugé qu’il n'avait plus de raison d'être. Dans la version actualisée du Code civil, l'article 21-19 alinéa 5 a bien été abrogé par l'article 82 de la loi 2006-911 du 24 juillet 2006 parue au Journal Officiel du 25.07.2006.
Par Didier Melin - Publié dans : Réflexions
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Mardi 27 octobre 2009

Le Parlement de la Communauté germanophone de Belgique a finalement décidé de voter le lancement d'une procédure en conflit d'intérêt contre la proposition de loi flamande visant à scinder unilatéralement et sans conditions l'arrondissement électoral (puis judiciaire) de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Sur le fond du dossier cela ne change rien: ce dossier est toujours un sac de noeuds indémêlables, car il concentre toutes les frustrations, tous les non-dits et tous les malentendus que l'on reporte depuis 40 ans sur le seul véritable problème insoluble de ce pays: un conflit de territoire entre les communautés flamande d'une part et française d'autre part.

La plupart de mes amis régionalistes et réunionistes wallons considèrent que BHV est un problème étranger à la Wallonie. Ce n'est pas mon avis, pour des raisons de solidarité francophone, d'éthique démocratique, et de justice historique: selon moi, vu la manière dont la frontière linguistique a été tracée dans ce pays, la scission de BHV sans compensation sérieuse (le rattachement des communes dites "à facilités" à la région bilingue de Bruxelles-capitale en est une) serait une injustice (une de plus) pour les Belges de langue française, qu'ils soient wallons ou bruxellois.

Soit.

Que BHV soit un dossier inextricable en l'état actuel de la politique belge, c'est un fait. Sur le fond aucun conflit d'intérêt - qui n'a de vertu que de prolonger l'agonie et de reporter le moment fatidique où la Flandre unanime votera la scission de BHV sans conditions, tentant par ce fait d'imposer la volonté de sa supériorité ethnique aux Wallons et aux Bruxellois - ne solutionnera rien. Tout le monde le sait, et les Belges de langue allemande en premiers. Mais j'ai eu l'occasion de l'écrire, le symbole posé à travers ce vote par cette petite communauté est important pour tous les ressortissants du petit état qui est encore le nôtre.

Que se passera-t-il une fois tous les recours épuisés? Bien malin qui pourrait l'affirmer avec certitude. Mais il est un scénario plausible qui retient toute l'attention de ceux qui voient dans ce dossier l'élément déclencheur possible d'une crise grave, finale peut-être, pour l'existence-même de la Belgique. (et ce qui suit intéressera certainement ceux de mes amis qui pensent que les Wallons sont étrangers à la problématique BHV...)

Ce scénario est le suivant: une fois les conflits d'intérêts épuisés, la Flandre vote la scission de BHV au Parlement fédéral. A ce moment, les francophones enclencheront certainement ce qu'on appelle "la sonnette d'alarme", ce qui aura pour effet de bloquer le vote flamand et de renvoyer le dossier au gouvernement fédéral, qui est paritaire, pour trouver une solution. François Perin appellait jadis la sonnette d'alarme "un camion bourré d'explosif". C'est effectivement une mesure constitutionnelle grave, de dernier recours. Le gouvernement fédéral ne sera pas en mesure de trouver une solution à BHV, pas plus que tous les groupes de sages ou les "dialogues de communauté à communauté" qui se sont succédé depuis 2007. Le gouvernement fédéral tombe. De nouvelles élections fédérales sont organisées et... immédiatement contestées par la Flandre. Pourquoi? Parce que la Cour Constitutionnelle (appelée Cour d'arbitrage à l'époque) a imposé le délai ultime de ... juin 2007 pour trouver une solution à BHV (la Cour n'impose pas la scission contrairement à ce qu'on veut croire en Flandre). Faute de solution, toute nouvelle élection fédérale pourrait être considérée comme illégale. La Flandre politique pourrait donc, et en toute "légalité" de façade (en général cela lui suffit), boycotter l'organisation de ces élections.

Plus de gouvernement possible, plus d'élections fédérales possibles: le serpent se mord la queue. La Belgique cesse de fonctionner, et c'est l'implosion.

Trop pessimiste ce scénario? Peut-être ... mais aucun observateur neutre et honnête ne peut exclure le boycott par la Flandre de ces futures élections dans ces conditions: Marino Keulen (Open VLD), alors ministre flamand de l'intérieur, n'avait-il pas déclaré ostensiblement qu'il refuserait de sanctionner les bourgmestres flamands de BHV qui ont refusé d'organiser les élections régionales de juin 2009? Et M. Keulen est un doux agneau à côté du nouveau gouvernement flamand, qui rappelons-le a aligné sa politique communautaire sur le programme de la NVA séparatiste.

Une variante à ce scénario serait que les francophones, par soucis de sauver la Belgique (ce genre de reculades a malheureusement un historique assez bien attesté)... n'enclenchent finalement pas la sonnette d'alarme. Mais il faudra encore que le contreseing royal (dans la pratique, un contreseing du gouvernement, qui est paritaire) soit apposé pour que la loi de scission entre en vigueur. Or quel ministre francophone du gouvernement accepterait de signer cette loi?
On en reviendrait alors au même point: chute du gouvernement, et convocation de nouvelles élections ... illégales en vertu de l'arrêt de la Cour constitutionnelle...

Les optimistes pourront dire (à juste titre) qu'il ne revient pas dans un état de droit à une Cour de justice, même la Cour constitutionnelle, de se prononcer sur la validité d'une élection démocratique. Que ce serait au parlement de valider le résultat, pas au pouvoir judiciaire. C'est vrai, mais ces élections, mêmes validées par le nouveau Parlement, seraient facilement attaquées, et inévitablement annulées par la Cour constitutionnelle, que n'importe quel citoyen ou parti flamands (il n'en manque pas) pourraient saisir.

On le voit, l'avenir risque d'être chaud. Reprenons notre souffle et retenons notre respiration 120 jours encore. Les prochains mois seront cruciaux.

Par Didier Melin - Publié dans : Actualités
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Profil

  • : Didier Melin
  • : Homme
  • : 31 ans, linguiste et père de famille. Wallon francophile, observateur attentif de la politique et des conflits communautaires belges. Je n'espère qu'une chose: que les Wallons retrouvent fierté et confiance en l'avenir

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